Le contrôle au faciès en cassation

Treize personnes victimes de contrôle au faciès ont assigné l'état en justice le 11 avril 2012.

En juin 2015, pour la première fois, l’Etat a été partiellement condamné en appel pour faute lourde. L'Etat et les requérants se sont chacun pourvus en cassation. Le recours est examiné ce 04 octobre 2016 au Palai de Justice de Paris à 9h30.

Retrouvez dans ce blog tous les éléments de compréhension des enjeux, des différents arguments et de la problématique générale.

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mercredi 9 novembre 2016

Contrôle au faciès : l'Etat condamné en cassation

Fin de la partie pour l'Etat. La cour de cassation a débouté, ce mercredi 9 novembre 2016, l'Etat dans son pourvoi suite à sa condamnation en appel pour contrôles discriminatoires. 

Retrouvez ici les réactions des avocats des plaignants et de l'avocat qui a instruit l'affaire en cassation.

L'Etat débouté en cassation : les réactions des plaignants

Trois des 13 plaignants contre l'Etat nous donnent leur sentiment quant à la décision de la cour de cassation, ce mercredi 9 novembre, de débouter le pourvoi de l'Etat suite à sa condamnation en appel.

mercredi 24 juin 2015

Me Félix de Belloy : "C’est le début de la fin des contrôles au faciès"

Extrait de la conférence de presse Me Felix de Belloy un des deux avocats des plaignants suite à la condamnation en appel de l'Etat pour contrôle au faciès pour 5 des 13 dossiers instruits. Vidéo + retranscription.

mercredi 2 octobre 2013

Réactions des demandeurs au verdict



Le tribunal de grande instance de Paris a débouté ce mercredi (2 octobre) l'ensemble des 13 dossiers des demandeurs qui avaient porté plainte contre l'Etat pour contrôle au faciès. Nous vous proposons toute une série de réactions à chaud de quelques uns des 13 demandeurs que nous actualiserons au fur et à mesure.

jeudi 26 septembre 2013

Liberté Égalité ? Fraternité. « L’égalité trahie : l’impact des contrôles au faciès »



Tiré du Bondy Blog, 24 septembre, 2013
Le rapport multimédia « L’égalité trahie : l’impact des contrôles au faciès » d’Open Society Justice Initiative est rendu public ce mercredi. Lanna Hollo, juriste et porte-parole en France de l’ONG internationale revient sur ce qu’il faut retenir de l’analyse d’une problématique qui menace la République et nuit à l’efficacité policière. Interview. 

mercredi 3 juillet 2013

Le procès comme si vous y étiez

Retrouvez ici la couverture en livetweet du procès historique. Une audience très médiatique qui a affiché salle comble. Entre ambiance de salle et plaidoyers des avocats des deux parties nous avons couvert pour vous l'événement sur Twitter. Le verdict est attendu pour le 2 octobre prochain.

Toutes les photos sont libres de droit.

mercredi 26 juin 2013

Une audience historique

Le mercredi 3 juillet à 13h30 le Tribunal de Grande Instance de Paris accueille l’audience d'un dossier sans précédent contre l’Etat français.

Le 11 avril 2012, 13 personnes ayant subi des contrôles d’identité au faciès, sur l'ensemble du territoire français, ont saisi la Justice contre l’Etat pour réparation du préjudice subi du fait de ces contrôles d’identité discriminatoires.

Étudiant en école de commerce, en arts dramatiques, en sport-études, lycéens, collaborateur d’élu, chauffeur-livreur, serveur, athlète sélectionné pour l’équipe de France … tous ont été la cible de contrôles d’identités, non à cause de ce qu’ils ont fait, mais à cause de ce qu’ils sont : "noirs" ou "arabes". Pour la plupart, ces contrôles ont été accompagnés de palpations et de fouilles conduites en publique. Pour certains, ces contrôles ont lieu plusieurs fois par semaine, voire par jour.

Un contrôle d’identité lié à la couleur de peau, l’origine ou l’ethnicité, vraie ou supposée d’une personne, est illégal. Il viole des libertés fondamentales garanties par de nombreux textes nationaux et internationaux que l’Etat et ses agents doivent respecter...

jeudi 20 juin 2013

Une réalité bien établie

La réalité des contrôles au faciès a été établie par une équipe de chercheurs du CNRS en collaboration avec Open Society Justice Intiative.

Leur étude, Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris, s'appuyait sur une méthodologie d'observation rigoureuse pour déterminer si, et dans quelles mesures, les agents de maintien de l'ordre contrôlaient les individus sur la base de leur apparence physique. 

L’étude se concentrait sur cinq sites répartis entre la Gare du Nord, la station Châtelet-Les-Halles, et leurs abords immédiats ; il s'agit d'importants lieux de transit dans le centre de Paris, où l'activité policière est particulièrement forte. 

Des données ont ainsi été recueillies concernant plus de 500 contrôles d'identité effectués par la police nationale, la police des frontières ou le service des douanes. Des informations ont été collectées sur l'appartenance ethnique, l'âge, le sexe des personnes contrôlées, ainsi que les vêtements et types de sac portés.

Cette étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondaient principalement sur l’apparence des individus contrôlés, plutôt que sur leur comportement ou leurs actions : les personnes perçues comme appartenant à une minorité ethnique étaient contrôlées de façon nettement disproportionnée. 

Les résultats ont ainsi révélé que les personnes perçues comme « noires » (d’origine subsaharienne ou antillaise) et les personnes perçues comme « arabes » (originaires du Maghreb ou du Machrek) étaient contrôlées de manière disproportionnée par rapport aux personnes perçues comme « Blanches » (originaires d'Europe de l'Ouest). 

Sur l'ensemble des cinq sites observés, les Noirs couraient, d'une façon générale, six fois plus de risques d'être contrôlés par la police que les Blancs. Selon les sites d’observation, ce taux de disproportionnalité s'étageait entre 3,3 et 11,5.  

Les Arabes étaient de façon générale plus de sept fois plus susceptibles que les Blancs d’être contrôlés, bien que là encore, le taux de disproportionnalité fût variable d'un site à l'autre, de 1,8 à 14,8. 

Le style de vêtements portés par les personnes contrôlées se révélait être également un facteur déterminant. Bien que les personnes portant des vêtements aujourd’hui associés à la « culture jeune » française ne forment que 10% de la population présente sur place et donc susceptible d'être contrôlée, elles constituaient près de 47% de ceux qui étaient effectivement contrôlés. 

L’étude montrait une forte corrélation entre le risque d’être contrôlé par la police, l’origine apparente de la personne contrôlée et le style de vêtements portés : pas moins de deux tiers des individus vêtus façon « jeunes » relevaient également de minorités ethniques. Les individus qui avaient le plus de chances d'être contrôlés  étaient  les  membres  de  minorités  ethniques  habillés  en  style  gothique,
tecktonik, punk ou hip-hop.

Bien que les individus contrôlés, quelle que soit leur origine ou leur appartenance ethnique, aient en général décrit l'attitude des policiers à leur égard comme « polie » ou « neutre », ceux qui étaient la cible la plus fréquente des contrôles d'identité, les Noirs et les Arabes, n'en exprimaient pas moins un sentiment de colère et de frustration face à ce qu'ils pensaient être une tendance lourde de la police à les viser en particulier pour les contrôles et les fouilles.

Le problème est reconnue et dénoncé par de multiples rapports ayant pu constater les dérives dans la mise en œuvre des contrôles d’identité réalisés par les forces de l’ordre françaises, notamment :
  • Rapport de l’organisation Human Rights Watch, « La base de l'humiliation, les contrôles d'identité abusifs en France » publié en mars 2012; 
  • Rapport de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, France, 15 juin 2010 (partie relative à la "Conduite des Représentants de la loi", pages 43 à 45); 
  • Mémorandum  de  Thomas  Hammarberg  (Commissaire  aux  droits  de  l'homme  du  Conseil  de l'Europe), faisant suite à sa visite en France du 21 au 23 mai 2008 ; 
  • Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne, France, « Données en bref Contrôles de police et minorités», 2010. 
  • Commission  nationale  consultative  des  droits  de  l'homme,  «  La  lutte  contre  le  racisme, l'antisémitisme et la xénophobie », année 2010 ; 
  • Rapport et  Séminaire  International  organisé  par  le  Défenseur  des  Droits  le  8  octobre  2012: "Rapport relatif aux relations police/citoyens et aux contrôles d'identité".
Elle est aussi reconnue par les plus hautes autorités  de l'Etat. Le président de la République, son 1er ministre et de nombreux ministres de l'actuel gouvernement ont exprimé à plusieurs reprises leur objectif de mettre un terme au contrôle au faciès.

Tout récemment, le gouvernement français s’est engagé auprès de la communauté internationale à combattre efficacement le contrôle au faciès. A l’occasion de l’Examen Périodique Universel concernant la France par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies (Genève), les plus hautes autorités ont en effet accepté les recommandations formulées par de nombreux pays préoccupés par la pratique du contrôle au faciès, à savoir :
  • "Interdire expressément le profilage racial dans la conduite des contrôles d’identité" ;
  • "Prendre des mesures pour prévenir le profilage ethnique de la part des forces de l’ordre et des entreprises privées et ouvrir des recours utiles aux victimes"

Les impacts dévastateurs des contrôles

Pour ceux qui sont rarement ou jamais contrôlés, il est sans doute difficile d'appréhender l’impact dévastateur de ces contrôles. Dans le discours public, cette pratique considérée comme désagréable tout au plus, est très largement justifiée pour des raisons de prévention de la délinquance et de maintien de l'ordre public. 

Ceci est une erreur. 

Le coût de ces contrôles est très élevé et pèse tant sur les personnes concernées que sur les capacités de la police à remplir ses missions efficacement, ainsi que sur l'ensemble de la société. Le profilage est inefficace.

Les récits des personnes contrôlées sur la base de leur apparence physique mettent en exergue l'humiliation ressentie même lors d'un simple contrôle qui ne dure que quelques minutes et durant lequel les agents se montrent tout à fait respectueux. Ces procédés ont parfois un impact considérable sur leur destin : un retard de quelques minutes peut compromettre un emploi ou un examen scolaire, les sentiments de colère et de frustration ressentis à cette occasion peuvent conduire à des mots passibles d'un délit "d'outrage et rébellion envers agent des forces de l'ordre".

Insidieusement, ces contrôles affectent également le sentiment d'appartenance à ce pays. Un contrôle d’identité est un acte hautement symbolique et son caractère répétitif envers certaines personnes implique une remise en question permanente de leur citoyenneté et de leur appartenance à la République.

La relation police/population est également grandement endommagée. Cela n'est pas sans lourdes conséquences pour la sécurité publique et pour celle des fonctionnaires eux-mêmes. Rappelons que les contrôles d'identité étaient à l'origine des émeutes de 2005, de même que pour les émeutes des deux dernières décennies à l'échelle européenne, le plus souvent déclenchées par un simple contrôle d'identité prenant un tournant tragique.

Un rapport rendu par la commission établi afin d'examiner et comprendre les causes des émeutes d'août 2011 au Royaume-Uni (Independent Riots Communities and Victims Panel) identifie les pratiques policières de contrôles et de fouilles comme l'un des facteurs déclencheurs des ces évènements. Cette relation anomique se révèle dans les altercations quotidiennes qui ont lieu entre la police et les jeunes.

Pour beaucoup, la police n’est plus perçue comme une institution qui protège la population et garantit la sécurité des citoyens, mais, au contraire, comme une institution répressive qui elle-même engendre de l’insécurité et menace les libertés fondamentales. Les conditions de travail des fonctionnaires de police sont extrêmement détériorées par cette tension permanente.

Nombreux sont les citoyens qui préfèrent éviter d'avoir affaire avec les forces de l’ordre plutôt que s'adresser à elles lorsqu'ils sont victimes d'infractions. La coopération entre citoyens et police en pâtit. Celle-ci est donc moins efficace.

Soulignons par ailleurs que l’appareil policier est la partie la plus visible du service public français, dotée de l’usage légal de la force et des armes. Quand l’arbitraire et l’abus y sont tolérés l'ensemble des institutions publiques est décrédibilisé et la discrimination ne peut être légitimement condamnée par l'Etat lorsqu'elle est pratiquée par d'autres acteurs.

lundi 17 juin 2013

L'efficacité des contrôles au faciès en question


Au États-Unis, de nombreuses études démontrent l’inefficacité des contrôles au faciès autant que l'efficacité croissante de l'activité policière quand les contrôles sont fondés sur des critères plus pertinents (comportementaux, renseignements à jour). 

Un exemple. En 1998, les services douaniers des États-Unis ont entrepris de répondre aux allégations de discrimination fondée sur le sexe ou l'origine ethnique. A cette époque, 43 % des fouilles effectuées par les douanes concernaient des Afro-Américains ou des Américains d'origine hispanique. 

Les services douaniers ont modifié leurs procédures de contrôle, en rayant les mentions « race » ou « ethnicité » (variables utilisée par l'administration douanière) de la liste des facteurs pris en compte pour entreprendre une fouille, et en introduisant de nouvelles techniques d’observation, qui reportaient l’attention sur des éléments de comportement, comme la nervosité, ou des incohérences dans les explications des passagers. 

Parallèlement, la supervision des décisions relatives aux contrôles et aux fouilles était renforcée. Dès l’année 2000, les disparités liées à l'origine ethnique en termes de fouilles aux douanes avaient quasiment disparues. Les douanes effectuent désormais 75 % de fouilles en moins, et pourtant leur taux de succès était passé dans le même temps de moins de 5 % à plus de 13 %, le taux de fouilles positives étant désormais à peu de choses près identique pour tous les groupes ethniques.

 Aiguiser le discernement des agents à détecter et cibler les comportements suspects

Dans un projet pilote intitulé « Strategies for effective police stop and search project » (Stepss) coordonnée par l'Open Society Justice Initiative (OSJI) mise en place* dans des services de police en Espagne, en Hongrie et en Bulgarie, le récépissé de contrôle fait partie d'un dispositif plus global de lutte contre les contrôles au faciès. 

A Girona en catalogne (Espagne), par exemple, avant la mise en place des attestations de contrôle d’identité, les Marocains étaient 6,7 a 10 fois plus contrôlés que les autochtones. Pourtant, des infractions ou délits n’étaient détectés que dans seulement 9% des cas pour les Marocains contre 17% pour les Espagnols. 

L'encadrement des activités policières s'est concentré sur la supervision des agents dans l'utilisation de leurs pouvoirs de contrôle et de fouille pour aiguiser leur discernement à détecter et cibler les comportements suspects.

Le résultat de ces dispositifs sur l'efficacité est tout à fait frappant. Par exemple, à Fuenlebrada, ville de la banlieue de Madrid, sur une période de quatre mois, la fréquence des contrôles mensuels a chuté de plus de moitié (de 958 à 396) mais le pourcentage des contrôles avec saisie (c’est-à-dire de contrôles ayant conduit à la détection d’un acte criminel ou d’une infraction) est passé de 6 % à 28 %, puis à 40% cinq ans plus tard...

La hiérarchie policière a poursuivi ce dispositif depuis la fin du projet pilote et les contrôles se sont maintenus à ce bas niveau. Inspirés par les impacts positifs de ce projet sur la sécurité, trois autres municipalités espagnoles, Malaga (sixième ville du pays), Pedrezuela et Castellon sont en train de mettre en place des dispositifs similaires.

Ces expérimentations mettent en lumière l’inefficacité des contrôles au faciès. 

Les préjugés diminuent l'efficacité policière parce qu'ils dispersent l'attention des policiers, la détournant des personnes dont le comportement appelle réellement leur intervention. Les résultats du projet Stepps viennent s’ajouter à d’autres études qui démontrent que les contrôles produisent des taux similaires d'arrestations, de mises à l'amende ou de citations à comparaître, quelle que soit l'appartenance ethnique ou l’origine des individus considérés. 


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